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Les Etrusques et la Mer

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Le Commerce Maritime

Il n'y a aucun doute que les ports marchands (les emporiums) étrusques, étaient des centres importants pour le commerce international, et donc de grande importance économique et culturelle pour les Etrusques. A en juger par les sanctuaires Grecs et Phéniciens trouvés à Graviscae et Pyrgi, ils ont été probablement peuplés par des populations diverses, et ont attiré de loin des négociants et des artisans. Nous avons un exemple historique d'un tel commerçant avec Démeratos de Corinthe. Tite-Live nous raconte que Démeratos vendit des marchandises étrusques aux Grecs et des denrées grecques aux Etrusques, et qu'il amena avec lui un certain nombre d'artistes de Corinthe. La présence des céramiques proto-corinthiennes et corinthiennes à Caere et Tarquinia semblerait confirmer ce récit.

Il est possible que des restrictions aient été imposées à des centres tels que Pyrgi et Vetulonia par les Carthaginois et les Phéniciens, comme le démontre le seul exemple existant d'un traité maritime avec Carthage.

Pendant la période de la domination étrusque sur Rome, un tel traité, conclu avec Carthage, précise par exemple que la Méditerranée occidentale était hors du domaine du commerce étrusque (puis romain). C'est probablement un exemple parmi beaucoup d'autres traités avec des villes étrusques.

Le fait que des objets étrusques aient été trouvés à Carthage et dans tout le pourtour méditerranéen occidental, prouve que le réseau marchand des Etrusques était très étendu, dès les premières phases de leur histoire. On a également la preuve d'une association marchande étroite entre les Etrusques et Carthage, comme le montre une terre cuite « carte de visite » récemment trouvée dans les ruines de Carthage, et inscrite en étrusque du nom d'un négociant carthaginois, qui prouve qu'il est venu de Carthage. Ce morceau de terre cuite a été prévu pour correspondre à une autre moitié, vraisemblablement restée en Etrurie.


Nous avons une idée approximative de la forme des navires étrusques par l'étude d'une peinture murale de la "tombe du navire" de Tarquinia. Celle-ci montre un navire à voile à deux mâts, peut-être d'environ 20 mètres de longeur. La perspective a été exagérée par l'artiste, puisque le bateau est représenté sur la terre sèche, en regardant vraisemblablement vers le haut.

L'image ci-dessus montre une reconstruction de ce à quoi ce bateau doit avoir ressemblé. La ligne de flottaison probable est indiquée. Par une épave d'un bateau étrusque trouvée au large de l'île de Giglio, nous avons une idée raisonnable de leur construction. On a la preuve que les planches étaient assemblées en bout (sans recouvrement) en utilisant des cordes épaisses qui ont été passées par des trous de 2 centimètres de diamiètre traversant les planches. Les interstices ont probablement été ensuite obturés en utilisant du goudron.

Le bateau était d'une forme très large, ce modèle étant totalement différent des bateaux grecs et romains, en ce qu'il comportait deux mâts munis de voiles carrées. Le fait d'utiliser des voiles carrées signifie qu'il leur fallait souvent attendre un vent favorable pendant de nombreux jours. A la poupe du bateau étaient attachés deux grands avirons de direction. Selon des récits anciens des Grecs et des Romains, ces navires marchands naviguaient en vue de la terre, et mouillaient leur ancre la nuit dans l'eau moins profonde près du rivage. Les ancres étaient fabriqués en pierre, et portaient typiquement des inscriptions avec des détails appropriés, tels que « je suis la propriété d'Avle Spurinas ». Les sources antiques attribuent l'invention de l'ancre aux Etrusques.

Les cargaisons de ces navires incluaient beaucoup de denrées contenues dans des amphores, et beaucoup d'autres marchandises telles que des lingots de métal et des objets en céramique.

Les extrémités des amphores de transport étaient pointues pour faciliter le stockage sur des supports spéciaux munis de trous. Cependant, toutes les amphores tranportées sur les navires n'étaient pas de cette forme, et des amphores à fond plat ont aussi été trouvées.

Les amphores - Les récipients universels du monde ancien




L'amphore, omniprésente, prend une multitude de formes différentes qui s'étendent sur quatre millénaires, de l'amphore mycénienne du XIVème siècle avant J.-C. jusqu'à celle d'aujourd'hui. Il est remarquable de noter que quelques marchandises sont encore transportées dans les amphores au XXIème siècle. Cependant, de nos jours, il est plus courant d'utiliser des récipients de transport en acier inoxydable pour les expéditions en vrac de vin ou d'huile d'olive.

L'amphore était un des récipients les plus communs de la poterie archaïque étrusque et grecque, et était courante partout dans la Méditerranée antique. Une amphore est un vase en céramique muni de deux poignées, utilisé pour le transport et le stockage des denrées périssables. Il y a deux formes principales d'amphores : l'amphore à col, dans lequel le col se joint à l'épaule avec un angle vif, et l'amphore monobloc dont le ventre se lie insensiblement au col par une courbe continue. La première est commune de l'époque géométrique jusqu'au déclin de la poterie grecque; la seconde est apparue au VIIème siècle avant J.-C. Les amphores se trouvent en diverses tailles, s'étendant des « amphoriskoi » miniatures qui mesurent moins de 30 cm de haut, jusqu'aux amphores grecques de 1,5 mètres de la période géométrique.

L'amphore à col de l'époque géométrique (env. 1000- 900 av. J.-C.), comporte environ douze variantes distinctes de formes, déterminées autant par des considérations utilitaires que par des considérations esthétiques. On remarquera le style de Nola (en Italie), dont une partie avait des poignées triples, populaires dans le style des figures rouges ; l'amphore des Panathénées, illustrée de figures noires et présentée comme prix (remplie d'huile d'olive et avec l'inscription "je suis un des prix d'Athènes") aux fêtes des Panathénées du VIème au IIème siècle avant J.-C.; les loutrophores, de forme élancée, avec un col large et un bec évasé, utilisées à partir du VIème siècle pour des usages rituels, aux mariages et aux enterrements.

L'amphore était vraiment le récipient universel du monde ancien. Les amphores, qui subsistent en grands nombres, ont été employées comme récipient de stockage ou de transport pour les olives, les céréales, l'huile, le vin et beaucoup d'autres denrées moins courantes.

"Les amphores de transport" ont été rendues pointues pour faciliter le stockage sur des "râteliers" spéciaux munis de trous. Cependant, afin ce système fonctionne, les amphores doivent présenter une certaine uniformité de forme et de taille. La mesure romaine connue sous le nom de « amphora », ou 48 sextarii, était une mesure standard d'approximativement 25,5 litres tandis que « l'amphore grecque » originale était d'environ 34 litres. Dans certains cas, les archéologues peuvent identifier l'âge et la provenance exacts de la plupart des amphores par leur forme et leur taille.

L'amphore et le Commerce Maritime

Pour nous faire une idée de la manière dont les amphores étaient employées dans le monde antique, nous devons d'abord considérer quelques aspects pratiques du transport, qui s'appliquent encore de nos jours. Nous pouvons présumer que les Etrusques, et après eux les Romains avaient une bonne compréhension de l'organisation efficace du travail, et du moyen d'éviter une double manipulation.

à la différence d'un baril, il n'est pas possible de faire rouler une amphore sur le côté sans la casser ; il ne reste donc que peu de choix. On pourrait porter les amphores jusqu'au bateau, mais ce serait un procédé lent et une utilisation inefficace des ressources. Même avec le travail aisément disponible des esclaves dans le monde antique, il était inutile de les charger de cette manière en termes de temps et de travail, et le temps, dans le transport maritime, c'est de l'argent ! En fait, dans les ports de la Méditerranée méridionale où les amphores sont encore employées, elles sont chargées et déchargées comme des ensembles en grappes de raisins, avec une corde passée par les poignées.

Les bondes ou les bouchons des amphores sont généralement marqués par une certaine identification. Ceci n'est pas très étonnant car vraisemblablement les bateaux contenaient des cargaisons destinées à plusieurs ports. Une expédition d'amphores pouvaient avoir à franchir peut-être 2000 kilomètres au total, par voie de terre et par mer, et dans certains cas avec des transbordements, c'est-à-dire qu'elles étaient déposées à l'emporium pour être reprises par un autre navire destiné au port du client. Ainsi, aussi bien l'identification du client que les détails du navire et l'origine des marchandises devrait être enregistrés comme guide pour les diverses personnes qui les manipuleraient en route.

Une stricte gestion de documents était nécessaire contre le vol du contenu, pour éviter de mélanger des cargaisons ou de les empiler dans un mauvais ordre : la cargaison pour le premier port d'escale devait être placée au-dessus des autres, destinées aux autres ports. La double manipulation et les coûts de surestarie peuvent avoir des répercussions sérieuses sur la marge bénéficiaire.

Les contenus eux-mêmes devaient être vérifiés, peut-être beaucoup de fois pendant le transport, et des ouvriers qualifiés dans un « Emporium » méditerranéen typique devaient savoir ce qu'était le contenu et quel était l'ullage l'ouillage correct pour chaque type d'amphore, soit par expérience soit en utilisant les outils spéciaux comme ceux employés dans l'industrie vinicole.

Les Etrusques et les Phéniciens ont largement réussi à dominer la mer pendant la première partie du premier millénaire avant J.-C. La présentation ci-dessus montre qu'une langue écrite et de bons systèmes étaient nécessaires pour atteindre ce niveau de commerce, et il n'est guère douteux que la concurrence marchande était extrêmement féroce à cette époque. C'était une véritable guerre à couteaux tirés, parfois au sens propre, une compétition forcenée, et la piraterie était fréquente. Même en ces temps, n'importe quel avantage technologique pouvait assurer un avantage concurrentiel.

La majorité de la connaissance que nous ayons au sujet de la poterie grecque vient des tombeaux étrusques. Les cimetières et tombeaux de la ville adriatique antique de Spina ont rapporté plus de 2000 exemples de mobilier céramique.

Certains des exemples les plus anciens sont évidemment des importations grecques, mais les Etrusques se sont écartés de manière significative du modèle grec, et ont créé leurs propres styles artistiques, qui sont distinctement étrusques.